Au champ de blé j’ai retrouvé
quelques sarrasins troublés
au lit du fleuve j’ai orpaillé
le minéral des mots sombrés
le champ ne cesse de progresser
sa vaste plaine des paroles
le minéral s’est écoulé
et mes propos remués au sol
~
ô l’oubli
qu’il est doux, le bienvenu !
J’avancerai par l’écrit ce qui s’oublie
ce qui M’oublie ; derrière le dire
~
de ma chemise l’auréole
de ma plume la trace épaisse
de mon pouce l’empreinte qui colle
sur une feuille, ma peau sèche
~
Voici mon entreprise inhabituée, étrange
~
Remonter le torrent
ses branchies bougeant
respirer le Temps
au sens renversé, répété, inversé, délayé
Retrouver au-dedans son flot aiguillé
et manger enfin son Dasein versé
le somme d’un vécu être-là
comme un bout de crevette à avaler
par un saumon affamé de Vérité
~
La couleur de l’érable ressemble au sang
sa forme palmée et pointue aux mains
l’érablaie le peuplement des hommes et des femmes
sa feuille qui colle sur l’eau un chemin
je sors mes narines de poisson curieusement
ce qui pèse sur l’eau léger comme un grain
attire mes attentes du voyage de longtemps
chanté par le vent, offert comme présent
~
D’où la venue de la fée ; volant ?
« Je veux savoir », dit l’homme poisson
« Je sortirais du courant »
~
mais les écailles tombent
et j’entends le chant
et me voilà ;
ensorcelé en forme humain
~
C’était ça qui disait le Temps
c’était ça qui chantait le Temps
son écho lointain dans mon rêve de poisson
~
c’est ça,
c’est le choix d’un vivant
du rêve s’éloigner
par la voie de l’envoûtement
ne cherche pas à comprendre
va vers l’acéraie, étirée à l’horizon