jusqu'à le dernier poème, avant le premier

Le soufflage du vers

Le cristal de la langue, une locution appartenant à J. Lacan, psychanalyste français qui a noué sa vie avec la réinvention de la psychanalyse ; Il l’utilise pour faire résonner l’essence du français. Je veux me lancer à l’orpaillage de l’essentiel d’une autre langue, la mienne, celle de mon inconscient, à l’aide de la poésie. Son cristal est là tout seul, à causer. C’est alors un travail en cours couplé avec une psychanalyse. La poésie c’est aussi un métier, le métier de la fabrique de ver(re)s : la masse de mots en fusion cueillie se retourne pour donner la paraison (là apparaîs! son) ; d’un souffle bref, se fait naître la bulle de vers ; le souffle continu forme le poème. Avant le premier jusqu’à ce que tous les effets derniers soient ancrés au poème que je suis, parce que je ne suis pas poète. Omnia hic plagium sunt.

  • Ça, c’est une réponse.

    Que je tends vers l’heure de l’aube

    Je l’attends au leurre du jour naissant la lueur ;

    Du fruit qui tombe c’est tout premier instant.

    Attiré par ta force grave d’un flocon neigeux,

    Fruit des mots laissés sur l’horloge précoce

    Des paroles amourachées.

    Leur récit se distance du récif de la nuit du temps

    Amassant ses concepts sur le cap du Petit-Matin.

    Ciel ! Qu’il s’apparente à une réponse nouvelle dans la fabrique de Raison

    Là résonne la chairpente des corps liés à la pâleur auroréale.

    Car la réponse se fait au chevet tremblant d’amour

    Pas qui s’arpentent pour devancer l’enquête

    A l’orée de l’acte qui mire son ex-istence.   

  • Le rêve acéré de l’homme saumon

    Au champ de blé j’ai retrouvé

    quelques sarrasins troublés

    au lit du fleuve j’ai orpaillé  

    le minéral des mots sombrés

    le champ ne cesse de progresser

    sa vaste plaine des paroles

    le minéral s’est écoulé

    et mes propos remués au sol

    ~

    ô l’oubli

    qu’il est doux, le bienvenu !

    J’avancerai par l’écrit ce qui s’oublie

    ce qui M’oublie ; derrière le dire

    ~

    de ma chemise l’auréole

    de ma plume la trace épaisse

    de mon pouce l’empreinte qui colle

    sur une feuille, ma peau sèche

    ~

    Voici mon entreprise inhabituée, étrange

    ~

    Remonter le torrent

    ses branchies bougeant

    respirer le Temps

    au sens renversé, répété, inversé, délayé

    Retrouver au-dedans son flot aiguillé

    et manger enfin son Dasein versé

    le somme d’un vécu être-là

    comme un bout de crevette à avaler

    par un saumon affamé de Vérité

    ~

    La couleur de l’érable ressemble au sang

    sa forme palmée et pointue aux mains

    l’érablaie le peuplement des hommes et des femmes

    sa feuille qui colle sur l’eau un chemin

    je sors mes narines de poisson curieusement

    ce qui pèse sur l’eau léger comme un grain

    attire mes attentes du voyage de longtemps

    chanté par le vent, offert comme présent

    ~

    D’où la venue de la fée ; volant ?

    « Je veux savoir », dit l’homme poisson

    « Je sortirais du courant »

    ~

    mais les écailles tombent

    et j’entends le chant

    et me voilà ;

    ensorcelé en forme humain

    ~

    C’était ça qui disait le Temps

    c’était ça qui chantait le Temps

    son écho lointain dans mon rêve de poisson

    ~

    c’est ça,

    c’est le choix d’un vivant

    du rêve s’éloigner

    par la voie de l’envoûtement

    ne cherche pas à comprendre

    va vers l’acéraie, étirée à l’horizon

  • Sinthome du J’existe outre le symptôme du Moi répète.

    J’ai fait le tour de mon nouveau quartier

    ses rues faites de pavés et sa petite place ronde

    sa borne-fontaine sertie au beau milieu

    de mon envie de boire

    jusqu’à plus soif tes lèvres

    ~

    Qu’importe le flagrant de cette nouvelle ivresse

    qu’elle vienne à s’emparer de mon sommeil profond

    pourvu qu’elle ait mis fin au temps de ma sécheresse

    que le flot de ses mots font pousser des fleurs d’eau

    ~

    Je me trouve une table au Merle Moqueur

    j’ai laissé à la place tout ce qui est loi Commune

    puisque un samedi matin j’y ai savouré

    la chanson de ma muse qui dicte Ma fortune

    ~

    Je suis ton pèlerin parmi tant de fidèles

    qui marchera les lignes de pages dédiées

    à ton nom désiré auprès de Marguerite

    contemplant la marine des heures écoulées

    ~

    Avant quand je pensais d’avoir besoin d’une femme

    comme on aurait besoin d’une jolie secrétaire

    qu’elle corrigerait nos lettres un vendredi soir

    avant nous faire l’amour tel un enfant gâté

    ~

    Avant mon ignorance, avant ton existence

    Avant qu’une galaxie approchant une autre

    désireux de savoir son désir autre

    baissant le moment angulaire de l’ego

    ~

    Entrons en collision et,

    de cette improbable fusion

    naissent toujours les étoiles

    ~

    à la différence du prêtre

    qui fera de toi sa religion

    j’acheminerai ma cause

    à ta direction

    ~

    Le pèlerin souhaite

    que l’objet trouve sa cause

    que la Sainte ait son lieu

    mais l’ange sans chair sourit de son gré

    ~

    Je me suis assis au Merle Moqueur

    en face à face avec Le Temps de Cerises

    si les anges se moquent des aventuriers

    et bien tant pis ;

    je suis circonscrit dans le Temps d’une fleur,

    la tienne

    mon temps ma cause sans sens

    une marche est faite

    pas tout se traduit en victoire ou défaite

    tout s’inscrit dans la tempête

    du désir humain, trop humain

  • Du plaisir de parler

    Toi compagnon au petit matin

    Toi recueil de poèmes,

    noyé dans le Temps

    Toi l’îlot de la joie du moment

    Toi Brise-lames de la houle au lointain,

    propageant les chagrins

    Toi Silence, je te quitte

    Je te quitte pour sillonner le marchepied ancien

    Du Tigre et de l’Euphrate,

    jusqu’à l’Inde sainte,

    Entendre murmurer l’eau sacrée,

    Des perles parlées

    Vous le formuler à l’envers

    Je ne veux pas savoir

    Que tu l’as quitté ma petite demeure 

    En face des parois de ta nouvelle maison

    Je crie ton nom, me leurre

    Je ne veux pas savoir

    au petit matin que tu as découvert

    la porte ouverte

    et toutes tes affaires

    dans une petite valise légère,

    m’a pris dans tes mains

    tes larmes en Ether

    partant telle une Sainte

    sans sanglot, sans peur

    Je ne veux pas savoir

    et depuis je demeure

    à l’envers du miroir

    où le Verbe s’altère

    Enfin le dire

    et pas le contraire

    je t’ai quitté

    Pas ça non pas ça,

    c’est ça

    La Vérité pathétique,

    qui veut sa réponse, sa lourdeur ?

    avec le peuple jouir

    des mensonges d’Anthony

    qui pleure César

    pas le libérateur

    Toi aussi, mon fils 

    ne goûtes pas la saveur 

    de ton propre acte ?

    passionné d’ignorance

    ne veux-tu te savoir

    Exécuteur

    Mais la vie se fait telle

    nous sommes des meurtriers

    nous tuons les choses

    pour ressusciter ailleurs

    des nouvelles expressions

    de la Vie guerrière

    telle pulsion de mort qui règne sur terre  

  • Dia-Logos : de la psychanalyse, du soufisme (avec l’ami José Ramon)

    Dans le métier de la terre quand

    rien n’est possible tout est sûr

    Dans le métier du vent quand

    rien n’est sûr tout est possible

    Dans le métier de l’eau quand

    Le Tout c’est Rien

    le Sûr c’est Possible

    Dans le métier du feu quand

    Le Possible c’est Tout

    le Sûr c’est Rien

    Dans le métier du désirant

    Le pas au Pas Tout

    Pas su comme sûr

    C’est poCible

    Riant d’avec le Rien

  • Vous l’aurez, quand vous aurez des limites.

    La frontière résiste

    je veux qu’elle disparaisse la distance

    mais une analyse autre

    que des valeurs limites

    dénuent mes calculs

    la limite existe

    c’est toi qui me quitte

    moi qui te poursuis

    au calcul infinitésimal

    perpétuant la souffrance

    sans limites dans un avion

    dépassant l’horizon

    faisant tes tours de touriste

    écrire d’une main qui ment

    les nombres d’imagination

    sans limites,

    c’est plutôt l’inverse,

    sois pris dans ta formule

    sois sa résolution

  • I,II,III,IV

    D’où vient ça ?

    Je n’ai pas à perdre

    mais à gagner

    des nos désirs la fumée

    des nos vies l’oxygène

    dans le feu de nos rêves

    dans l’ombre jouer aux cartes sans rien parier

    dans les affections sincères et les sentiments d’ignorance

    pas de perte que lors tu veux la calculer

    pas de noces entre ma tomate et sa fraîcheur

    les mots, ne suffisent pas pour nommer mon angoisse mais l’angoisse,

    ne suffit pas pour refouler l’urgence

    l’urgence est de vivre et n’est plus un devoir

    je sens son appel nouvel, apaisé, me dire :

    « il existe un jeu meilleur que ces cartes truquées,

                         C’est l’art de vivre »

    Remarques supplémentaires sur un métier possible II

    L’art de vivre

    l’art est de la vie

    l’artisan non qualifié

    un seul pacte

    l’art de bien dire, bien agir, bien écrire,

    l’art n’est pas un bien

    face à l’inconnu d’un avenir

    Le prix de la vie c’est la vie

    la vie le sait ainsi se faire sentir

    elle ne prie pas

    veux-je la suivre ?

    ETRE, philosophie, définition :

    « ne cessera que jusqu’à j’en suis de justesse ivre »

    III La jouissance de l’organe, Imaginant douloureusement la vie des Sans-limites

    Oui dire avec mes yeux

    Mais j’te refuse avec le regard,

    Pirouettons rue Brassens publique

    Sur nos pieds nus débutants.

    Qu’il est frais le vent

    Mais comme il frappe les mèches un soir.

    Si vrais devraient être ensembles

    Et nous à jamais on n’entend que l’un ;

    Ainsi parla la canaille, le frustré, l’ amoureux, Hegel mal digéré

    et un quelconque guru de truismes

    le pauvre Geist terrassant.  

    Me voilà que j’arrive à l’entendre

    Vous le formulez différemment

    Enfin, cela aurait pu se passer autrement.

    Y-a-t-il ceux qui font un métier de l’emprise ?

    Delacroix dessina les Sabines

    Qui sauront faire la paix larmoyante

    Mais Poussin dévoila les soldats ;

    Au signal Romulus commandant !

    Enlevant, agressant, réjouissant et violant

    Écoutez les armées des hommes,

    Cela aurait pu se passer autrement.

    Les pulsions tyrannisent vos actes

    Etes-vous alors ou pas,

    amants désirants ?

    Ces personnes convaincues que l’emprise

    Est l’affaire de l’Eros l’aveuglant

    Sauront à verser une pluie de rimes

    Egale aux flèches leurs corps perçant;

    Jusqu’à que l’Autre prononcera

    Cet Oui triomphant et ce Non, déchirant,

    Où sachant ne pas les mâcher,

    les énoncés qui priment

    Par des exhalaisons se possédant ;

    Vaut plus invoquer dieu Antéros

    Avoir les blues avec les tangueros

    Passer une semaine près du vin

    Au cimetière Lachaise partager le pain

    Avec ses poètes ses corbeaux

    Et les cieux devenus encombrants.

    Pas d’horizon corazón

    Tiens que cela n’est pas rien

    Que tu ne vires pas en charlatan.

     IV Les non-sans-oser ne sont pas Les sans-limites

    Des marques sur le mur de

    bosses

    creux

    fissures, rayures

    percements

    j’ai ciblé le grand pêcher

    dans l’espoir qu’il me donne une pêche

    j’ai fait long feu

    là lumière rentre de travers mes échecs

    qu’elle m’illumine, qu’elle me satisfasse,

    c’est ainsi

  • Il est très difficile de savoir son désir, il faut se laisser porter par son désir

    La tonnerre n’est pas la foudre

    l’éclat des images dessine mon désir

    Les cieux féconds pleuvent ma fortune

    Pas toutes les gouttes de pluie

    embrasseront la terre

    Faire durer l’instant et résister au temps

    au temps qui évapore le moment d’agir

    Sous l’angoisse de ma chute

    le ruisselement fléchi

    n’arrose pas le sein terreste

    Fendre la masse du temps

    de l’instant fabriquer le moment

    Là, dessin de mon destin s’esquisse

    miroïtement de la destinée infinie des hommes

    avec quoi tombera ma pluie

    sans dériver sa flèche

    avec le poids de la certitude

    certes, la mort sera vecue

    certes, le risque émerge partout

    dit la pensée qui flotte aux éons

    à la pluie appartient sa chute

    lui donnant l’allure, le volume,

    et son poids

    le présent succède le présent

    les marches se succèdent

    sans façonner l’echèlle du temps

    la pluie n’existe pas ;

    pleut mon désir

    tomber amoureux de l’instant

    tomber aussi bien que le présent

    avec le poids de la certitude

    que seul un poids peut fissurer

    le temps pour en créer le moment

    où je existera

    Même ignorant, toujours ignorant

    si un destin fera destination

    Oh chère, très chère petite goutte d’or

    tient fort à la descente avec ton élan

    laissant entendre le j’existe 

  • Lorsque l’impossible deuil flirte avec la mélancolie à la gare du train, l’amour de la vie se loge dans les freins ?

     

    Je pleure ma jeunesse

    qu’elle coule dans mes mains

    Je l’observe fuyant mon corps au sablier

    Elle revient avec les saisons

    ne m’appartient jamais

    à chaque hiver ses pétales printaniers tombés à terre

    signalent son départ;

    comme la fumée d’une locomotive

    à vapeur lointaine;

    le train oublié passe devant moi

    sans l’apercevoir

    le voyageur devancé est-il souffrant

    d’amnésie ou de lâcheté ?

  • C’est du passé

    Je coupe avec ton couteau

    mes legumes

    Le ton du ton, le ton au mon ?

    c’est du passé

    Mon couteau appartient à toi

    Pour toujours il persiste dans la mémoire

    ta volonté de son appartenance à moi

    Tu as voulu être à moi

    J’ai voulu être à toi, 

    pour un temps

    nos destins se sont mêlés

    avant de se diverger

    Le passé c’est la mémoire qui ne se troue

    pas comme mon jean usé

    Je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas

    te remplacer

    c’est du passé

    Celle qui vient à ta place

    ramène avec elle le présent,

    repousse ce qui t’appartient

    la coquille vide de la mémoire

    envelopper mon existence sans te porter

    c’est ma définition

    de ce qui cesse à vivre au présent

    Mais si j’affirme que c’est toi mon passé,

    tu construira mes reflexions

    jamais plus mes rêves

    Il est dûr à entendre ton couteau trancher

    à deux, ce qui était et reviendra

    seulement parce qu’il n’arrivera plus

    Tu n’est plus mon événement

    Tu es le coffre poussiérreux au grénier

    lorsque j’arrose les fleurs au jardin

    et pourtant, les fleurs, c’est toujours toi

    La seule chose qui coule dans ta tige

    c’est la mémoire

    je me contente à des illusions olfactives 

    La gravité effondre la masse

    de ton invivable surface

    tu deviendra invisible

    tu m’attirera toujours

    parce que la lumière ne vivra pas en toi

    seulement l’ombre de tout ce que tu signifieras

    pour toujours à moi

    Vaince le passé

    d’abord c’est survivre par effraction

    du présent dans l’espace que tu occupais

    Croire ignorant

    se dire meilleur l’éviter par l’oubli

    de ton irrésistible poids sur ma vie

    Reprendre haleine

    je constate bêtement

    que le mouvement c’est le don

    seul du  présent

    Eprouver la douloureuse réalité

    du corps qui bouge puisque il s’attache

    à l’élan de l’instant fougueux

    plus qu’au passé révérbérant

    Le passez rêver verbe errant